L’alphabet arabe : 28 lettres, leurs formes et leur prononciation
L’alphabet arabe tient en 28 lettres, une règle de liaison et quelques points à compter. Cet article vous donne le tableau complet, avec le nom de chaque lettre, sa transcription à la française et sa translittération savante, puis une prononciation comparée au français, son par son. Il s’adresse aux débutants, aux parents qui accompagnent un enfant et à tous ceux qui comprennent l’arabe dialectal sans savoir encore le lire.
28 lettres, un seul système
Quatre principes suffisent pour lire votre premier mot.
- On écrit de droite à gauche. Un livre arabe s’ouvre donc « à l’envers » pour un lecteur français. Les nombres, eux, se lisent de gauche à droite.
- On écrit les consonnes. Les voyelles longues a, ou, i utilisent trois lettres de l’alphabet ; les voyelles brèves sont de petits signes facultatifs, absents des journaux et des panneaux.
- Les lettres d’un mot sont liées, comme dans une écriture cursive, même à l’imprimé. D’où les quatre formes de la plupart des lettres.
- Il n’y a ni majuscules ni minuscules. Un nom propre s’écrit comme un nom commun.
Le tableau de l’alphabet arabe : noms, formes et transcription
Le tableau suit l’ordre hijaʾi, celui des dictionnaires et des manuels. Les formes liées sont montrées avec le tatwil (ـ), un trait de liaison comme dans les cahiers d’écolier. La colonne « courante » donne la transcription à la française, celle des noms propres et des panneaux ; la colonne « savante » suit la norme allemande DIN 31635, très proche de la norme internationale ISO 233 (1984), qu’on trouve dans les ouvrages universitaires.
| Lettre | Nom | Initiale | Médiane | Finale | Courante | Savante |
|---|---|---|---|---|---|---|
| ا | alif | ا | ـا | ـا | a, â | ā |
| ب | ba | بـ | ـبـ | ـب | b | b |
| ت | ta | تـ | ـتـ | ـت | t | t |
| ث | tha | ثـ | ـثـ | ـث | th | ṯ |
| ج | jim | جـ | ـجـ | ـج | j, dj | ǧ |
| ح | ḥa | حـ | ـحـ | ـح | h | ḥ |
| خ | kha | خـ | ـخـ | ـخ | kh | ḫ |
| د | dal | د | ـد | ـد | d | d |
| ذ | dhal | ذ | ـذ | ـذ | dh | ḏ |
| ر | ra | ر | ـر | ـر | r | r |
| ز | zay | ز | ـز | ـز | z | z |
| س | sin | سـ | ـسـ | ـس | s, ss | s |
| ش | chin | شـ | ـشـ | ـش | ch | š |
| ص | ṣad | صـ | ـصـ | ـص | s | ṣ |
| ض | ḍad | ضـ | ـضـ | ـض | d, dh | ḍ |
| ط | ṭa | طـ | ـطـ | ـط | t | ṭ |
| ظ | ẓa | ظـ | ـظـ | ـظ | dh, z | ẓ |
| ع | ʿayn | عـ | ـعـ | ـع | ‘ ou rien | ʿ |
| غ | ghayn | غـ | ـغـ | ـغ | gh | ġ |
| ف | fa | فـ | ـفـ | ـف | f | f |
| ق | qaf | قـ | ـقـ | ـق | q, k | q |
| ك | kaf | كـ | ـكـ | ـك | k | k |
| ل | lam | لـ | ـلـ | ـل | l | l |
| م | mim | مـ | ـمـ | ـم | m | m |
| ن | noun | نـ | ـنـ | ـن | n | n |
| ه | ha | هـ | ـهـ | ـه | h | h |
| و | waw | و | ـو | ـو | w, ou | w, ū |
| ي | ya | يـ | ـيـ | ـي | y, i | y, ī |
Transcription courante ou savante : pourquoi deux colonnes ?
La transcription française n’est pas normalisée. Elle adapte les sons arabes à l’orthographe du français : ou pour و (Moussa), ch pour ش (Chams), dj pour ج en Algérie (Djamel), et ss entre deux voyelles, sinon le français lirait un z : Hassan s’écrit avec deux s alors que l’arabe حسن n’a qu’un sin. Elle confond en revanche des lettres distinctes : h vaut pour ح comme pour ه, s pour س comme pour ص.
La translittération savante corrige ce défaut : une lettre arabe, un signe latin. La DIN 31635 (1982, révisée en 2011) note ainsi ḥ, ḫ, š, ṣ, ʿ. L’ISO 233 va un cran plus loin pour qu’on puisse revenir exactement à l’écriture arabe : elle note aussi l’alif (ʾ), la ta marbouta (ẗ), l’alif maqsoura (ỳ) et écrit ẖ pour خ. Pour vos recherches en bibliothèque, sachez enfin que les catalogues anglophones suivent la table ALA-LC de la Bibliothèque du Congrès (version 2012), qui écrit th, kh, sh plutôt que ṯ, ḫ, š.
Lettres qui se lient et lettres qui ne se lient pas
Dans un mot, chaque lettre se raccorde à sa voisine. Elle prend sa forme initiale en tête de chaîne, médiane au milieu, finale en bout de chaîne, isolée quand elle est seule. Vous n’avez rien à choisir : vous tapez la lettre, le logiciel va chercher la bonne forme dans la police.
Six lettres font exception. Elles se lient à la lettre qui les précède, jamais à celle qui les suit : ا (alif), د (dal), ذ (dhal), ر (ra), ز (zay) et و (waw). Après elles, la chaîne repart de zéro. Un mot peut donc contenir des blancs sans être coupé en deux. En revanche, si toutes les lettres d’un mot s’affichent détachées, c’est le logiciel qui est en cause : voyez nos solutions pour les lettres arabes séparées ou à l’envers à l’écran.

Trois mots courants pour vous exercer :
- دار (dâr, maison, comme dans Dar el-Beïda) : dal, alif et ra, trois lettres non liantes, donc trois formes isolées côte à côte.
- وردة (warda, rose) : waw, ra, dal, puis la ta marbouta finale ; aucune ne touche sa voisine.
- كتاب (kitâb, livre) : le kaf et le ta s’enchaînent jusqu’à l’alif, puis l’alif coupe la chaîne et le ba final reste isolé.
Un cas à part : le lam suivi d’un alif forme un signe unique, لا (lâ, « non »). Cette ligature est obligatoire. On la retrouve au milieu de سلام (salâm, paix) : sin, lam-alif, puis un mim isolé. Certains abécédaires l’ajoutent vers la fin de la liste, comme une 29e lettre : ce sont bien deux lettres, tapées avec deux touches.
Les points : des familles de lettres
Enlevez les points, et les 28 lettres se ramènent à une poignée de squelettes. Quinze lettres portent des points, treize n’en ont pas. Apprendre par familles divise donc l’effort : un tracé, puis le nombre de points et leur place, au-dessus ou au-dessous.

- ب ت ث : un point dessous, deux dessus, trois dessus.
- ج ح خ : un point dans la courbe, aucun, un point dessus.
- د ذ, ر ز, ص ض, ط ظ, ع غ : sans point, puis un point dessus.
- س ش : trois dents, puis trois points dessus.
- ف ق : une boucle avec un point, puis deux points (et un ventre plus profond en fin de mot pour le qaf).
Le piège classique vient des formes liées : en début ou en milieu de mot, بـ تـ ثـ نـ يـ ont la même petite dent. Seuls les points disent s’il s’agit d’un ba, d’un ta, d’un tha, d’un noun ou d’un ya. Un point oublié change donc le mot : raison de plus pour vérifier un tatouage en arabe lettre par lettre avant la séance.
Les familles qui lisent un mushaf maghrébin (lecture de Warch) connaissent une autre convention : le fa y porte son point dessous, le qaf un seul point dessus, et tous deux restent souvent sans point en fin de mot. Ne laissez pas un enfant croire que l’un des deux systèmes est faux.
Prononciation de l’alphabet arabe comparée au français
Bonne nouvelle pour un francophone : la moitié environ des lettres se prononce comme en français, et l’une des plus redoutées existe déjà dans votre bouche.
Les sons du français
ب b, ت t, د d, ز z, ف f, ك k, ل l, م m, ن n. Le س est toujours le s de « sel », même entre deux voyelles. Le ش est le ch de « chat ». Le و se dit w comme dans « ouate », ou ou long comme dans « loup » ; le ي se dit y comme dans « yeux », ou i long comme dans « lit ». L’alif note un a long, souvent plus ouvert qu’en français.
Les sons que vous connaissez par d’autres langues
- غ (ghayn) : le r grasseyé du français, celui de « Paris ». C’est le plus facile pour vous, alors qu’il effraie les anglophones.
- ر (ra) : en revanche, le r arabe est roulé du bout de la langue, comme en espagnol ou en italien. Ne le prononcez jamais comme le r français, sinon vous direz un ghayn.
- خ (kha) : la jota espagnole, le ch allemand de « Bach ». C’est la version sourde, plus raclée, du ghayn.
- ث et ذ : le th anglais de « think », puis celui de « this ». Au Maroc, dans une partie de l’Algérie et en Égypte, les dialectes les prononcent souvent t et d, ou s et z.
- ج : j de « jour » au Maghreb et au Levant, dj de « Djibouti » en arabe standard, g de « gare » au Caire.
- ه : le h expiré de l’anglais « hello », qu’on entend même en fin de mot.
- ق : un k reculé jusqu’à la luette, plus sourd que le k de « cou ». En dialecte, il varie d’une région à l’autre : écoutez comment le prononcent vos proches.
Les sons sans équivalent
- ح (ḥa) : le souffle chaud que vous poussez sur vos mains pour les réchauffer, mais gorge resserrée. Aucun raclement : c’est ce qui le sépare du kha.
- ع (ʿayn) : dites un « a » très grave en serrant le fond de la gorge, comme pour retenir un effort. C’est le son que les transcriptions françaises effacent : on écrit « Ali » pour علي, alors que le nom commence par un ʿayn.
- Les quatre emphatiques ص ض ط ظ : un s, un d, un t et un dh prononcés langue creusée, avec l’arrière de la langue relevé. Elles assombrissent les voyelles voisines. Comparez سيف (sayf, épée) et صيف (ṣayf, été) : seule la première lettre change, et le sens avec elle.
Le ض a une place à part : les arabophones appellent leur langue لغة الضاد (loughat ad-dâd), « la langue du ḍad », car ce son passait pour propre à l’arabe.
Hamza, ta marbouta, alif maqsoura et voyelles
Quatre éléments s’ajoutent aux 28 lettres. Ils ne comptent pas dans l’alphabet mais apparaissent à chaque ligne.
- La hamza ء note un coup de glotte, la petite coupure qu’on entend au milieu de « oh oh ! ». Elle se pose seule ou sur un support : أ et إ sur l’alif, ؤ sur le waw, ئ sur un ya sans points. Exemples : أب (ab, père), سؤال (su’âl, question), سماء (samâ’, ciel). C’est elle que certains comptent comme 29e lettre.
- La ta marbouta ة, un ha coiffé de deux points, termine surtout des noms féminins. Elle se prononce a à la pause et at quand le mot est suivi d’un complément : مدرسة (madrasa, école), mais مدرسة البنات (madrasat al-banât, l’école des filles).
- L’alif maqsoura ى ressemble à un ya sans points et se lit â, en fin de mot : مصطفى (Moustafa), على (alâ, sur).
- Les voyelles brèves, les حركات (harakat), se posent sur ou sous la lettre : fatha ـَ (a), kasra ـِ (i), damma ـُ (ou). S’y ajoutent le soukoun ـْ (absence de voyelle) et la chadda ـّ (consonne doublée). Le verbe كَتَبَ (kataba, il a écrit) porte trois fathas. Le Coran, les livres pour enfants et les manuels les écrivent ; la presse et la plupart des livres s’en passent.
Lettres solaires et lunaires
L’article ال (al, « le, la ») s’écrit toujours de la même façon, mais son l ne se prononce pas toujours. Devant quatorze lettres dites solaires, il s’efface et double la consonne suivante : الشمس se dit ach-chams (le soleil). Devant les quatorze lunaires, il reste : القمر, al-qamar (la lune).
- Solaires : ت ث د ذ ر ز س ش ص ض ط ظ ل ن
- Lunaires : أ ب ج ح خ ع غ ف ق ك م ه و ي (la première est l’alif porteur d’une hamza)
Vous connaissez déjà la règle sans le savoir. عبد الرحمن donne Abderrahmane, avec deux r, car le ra est solaire ; عبد القادر donne Abdelkader, avec un l bien audible, car le qaf est lunaire. Même logique pour Noureddine, نور الدين. La DIN 31635 note cette assimilation (aš-šams) ; la table ALA-LC, elle, garde l’écriture (al-shams).
Ordre des lettres, abjad et chiffres
L’ordre hijaʾi du tableau regroupe les lettres de même forme. Il a connu une variante maghrébine, aujourd’hui délaissée, qui plaçait ط ظ ك ل م ن juste après le zay et repoussait س ش vers la fin.
Un ordre plus ancien, l’abjad, reprend la suite héritée des alphabets sémitiques. On le retient par huit mots sans signification : أبجد هوز حطي كلمن سعفص قرشت ثخذ ضظغ, avec là aussi une variante maghrébine. Chaque lettre y a une valeur numérique, de 1 pour l’alif à 1 000 pour le ghayn. On s’en sert encore pour numéroter des paragraphes (أ، ب، ج، د, comme nos a, b, c, d).
Pour les chiffres, deux familles coexistent. Le Maghreb emploie 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9, ceux que le français appelle justement « chiffres arabes ». L’Égypte, le Levant et le Golfe emploient souvent les chiffres arabes orientaux ٠١٢٣٤٥٦٧٨٩. Ce sont les mêmes dix chiffres, sous deux dessins.
L’alphabet arabe à imprimer
Cette planche réunit les 28 lettres dans l’ordre hijaʾi. Chaque case donne la lettre isolée, son nom en arabe (en rouge) et, dessous, ses formes initiale, médiane et finale, de droite à gauche. Un coin rouge signale les six lettres qui ne se lient pas à la suivante. Les lettres sont composées en Noto Naskh Arabic, un naskhi net aux formes ouvertes, et le titre en Amiri.

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L’image fait 800 pixels de large : en A4, elle reste lisible mais un peu douce sur les traits fins. C’est un aide-mémoire à coller dans un cahier. Un conseil d’usage : laissez votre enfant colorier les points de chaque famille de la même couleur, il retiendra plus vite qui est qui.
Apprendre les lettres : méthode et outils
Voici la progression que nous recommandons aux débutants, enfants comme adultes :
- Par familles de squelettes plutôt que dans l’ordre du tableau : ب ت ث, puis ج ح خ, et ainsi de suite.
- Les six non liantes tôt : elles expliquent les blancs à l’intérieur des mots.
- Toujours dans un vrai mot : écrivez chaque nouvelle lettre au début, au milieu et à la fin d’un mot.
- Avec les voyelles d’abord, puis sans : un texte vocalisé se lit lettre à lettre, comme un livre de lecture.
Côté écriture, sachez que les manuels impriment en naskhi, le style des polices naskhi de lecture, mais que beaucoup d’adultes écrivent au quotidien dans un style proche du ruq’ah, plus rapide et plus serré, où deux ou trois points se fondent souvent en un petit trait. La police Aref Ruqaa vous montre cette écriture : utile pour déchiffrer un mot manuscrit, moins pour une première lecture. Ces deux styles viennent de la calligraphie arabe, qui en compte bien d’autres.
Pour fabriquer vos propres fiches, Playpen Sans Arabic, police manuscrite donne un trait souple, avec un axe de graisse de 100 à 800 ; comparez toutefois ses formes avec celles du cahier de la classe, car certaines variantes s’inspirent du ruq’ah. Pour les textes de lecture avec voyelles, revenez au naskhi, qui place les signes avec plus de régularité. D’autres choix vous attendent parmi les polices pour l’école et les supports pédagogiques.
Enfin, pour vous entraîner à taper, utilisez notre clavier arabe pour taper les lettres. Si vous avez pris l’habitude d’écrire la darija avec des chiffres, il reconnaît aussi l’arabizi. Si ces chiffres vous intriguent, lisez notre article sur l’arabizi et ses chiffres.
FAQ
Combien de lettres compte l’alphabet arabe ?
Vingt-huit. Certaines listes en affichent 29 parce qu’elles comptent la hamza à part, ou parce qu’elles ajoutent le lam-alif لا. La ta marbouta et l’alif maqsoura sont des formes particulières de fin de mot, pas des lettres en plus.
Faut-il connaître l’arabe littéral pour apprendre l’alphabet ?
Non. L’alphabet est le même pour l’arabe standard et pour l’écriture des dialectes, darija comprise. Seule la prononciation de quelques lettres change d’un pays à l’autre, comme le jim ou le qaf.
L’alphabet arabe sert-il à d’autres langues ?
Oui : le persan, l’ourdou ou le kurde l’utilisent, avec des lettres supplémentaires comme پ (p) ou چ (tch). Ces langues partent des mêmes 28 lettres.